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Le combat continue avant la décision des sages
·Un rassemblement d'une centaine de personnes était organisé hier devant la sous-préfecture pour dire non aux tests ADN
Le projet de loi "Hortefeux" sur l'immigration vient d'être voté par le Parlement. Parmi les amendements de ce projet de loi, le très controversé dispositif autorisant le recours aux tests ADN
dans le cadre du regroupement familial. Parce que cette loi doit passer par le Conseil Constitutionnel, saisi par le parti socialiste, avant d'être définitivement adoptée, les opposants au
dispositif ont décidé de ne pas baisser les bras et de militer jusqu'au bout pour éviter l'officialisation d'un tel dispositif.
À Bayonne, c'est à l'initiative de la Ligue des Droits de l'Homme et de la Cimade, que de nombreux partisans au retrait du dispositif ADN se sont mobilisés devant la sous-préfecture et ont remis
un document faisant part de leur opposition à M. le sous-préfet. Un rassemblement d'une centaine de personnes dont beaucoup de membres de parties politiques de gauche.
Le Parlement français avait adopté définitivement le mardi 23 octobre dernier le projet de loi de Brice Hortefeux sur l'immigration dans sa version définitive. Avec la mesure autorisant le
recours aux tests ADN dans le cadre du regroupement familial. Une mesure contestée par l'opposition et jusque dans les rangs de la majorité. Les députés PS avaient déposé deux jours plus tard un
recours au Conseil constitutionnel contre "l'ensemble" de la loi "Hortefeux" sur l'immigration, demandant au Conseil où siège Jacques Chirac, de censurer notamment les articles sur les tests ADN
et les statistiques ethniques. Ce sont donc les "sages" qui auront dans les semaines à venir le dernier mot sur l'amendement ADN.
Pour maintenir la pression avant que le Conseil Constitutionnel ne se penche sur la question, les sections Pays Basque de la Ligue des Droits de l'homme et de la Cimade avaient décidé d'un
rassemblement hier devant la sous-préfecture de Bayonne. Un mouvement pour relayer localement les initiatives hexagonales qui se multiplieront à l'approche de l'échéance des "sages". Aux
alentours de 11h hier matin, ce sont près d'une centaine de personnes qui se sont retrouvées. Une assemblée constituée de militants des deux organismes à l'initiative, mais aussi de nombreuses
personnalités du monde politique local, venant essentiellement des courants de gauche. PS, PC, Verts, LCR, AB,... tous étaient là pour marquer leur opposition à ce projet de loi.
En début de rassemblement, la Ligue des Droits de l'homme et la Cimade avaient organisé un prélèvement d'ADN symbolique sur des personnalités présentes. Un petit jeu auquel le conseiller régional
M. Pouymayou, Mme Capdevielle et M. Kone du PS se sont pliés en s'installant devant une banderole où était inscrit le slogan "touche pas à mon ADN". Par la suite Mme Laurence Hardouin de la
Cimade a lu la lettre qui devait être remise par la délégation à M. le sous-préfet. Un texte intitulé "Du fichage ADN au relent de haine" et rappelant les "menaces lourdes pour nos libertés"
d'une loi qui "représente l'aboutissement d'une logique xénophobe qui ne se cache plus".
Nous avons fortement espoir que cette loi soit refusée car elle est contraire aux textes
Jean-Pierre VOISIN / Ligue des Droits de l'Homme
Président de la section bayonnaise de la Ligue des Droits de l'Homme, Jean-Pierre Voisin revient sur la nécessité de la mobilisation actuelle contre les tests ADN et fait part d'un certain
optimiste quant à son retrait prochain par le Conseil Constitutionnel.
Pourquoi un tel rassemblement devant la sous-préfecture alors que le parlement a adopté la loi ?
La loi qui prévoit l'instauration de tests ADN pour les étrangers qui souhaitent faire venir leur famille en France a été adoptée par le Parlement, mais cette loi peut être repoussée par le
Conseil Constitutionnel donc le combat continue. Nous voulons peser de tout notre poids pour dire que cette loi est dangereuse pour les libertés. Pas seulement pour les étrangers mais aussi pour
les Français car elle remet en cause fondamentalement la notion de famille qui en France est une notion qui n'est pas seulement basée sur le sang. Les enfants adoptés, les enfants recueillis sont
les enfants des personnes qui les ont pris en charge au même titre que les enfants biologiques. Sans compter tous les enfants dits naturels, pour lesquels on a réussi à faire en sorte que leur
statut aujourd'hui soit un statut digne. Ce ne sont plus des bâtards. Est-ce qu'on veut aujourd'hui rétablir cette notion archaïque qui date d'un autre siècle ?
Une petite centaine de personnes à ce rassemblement est-ce une réussite ?
C'est un succès parce qu'un mardi à 11h il n'est pas évident de rassembler une petite centaine de personnes qui sont là pour dire leurs inquiétudes. Beaucoup de personnes qui travaillent n'ont
pas pu être présentes mais elles nous soutiennent et nous l'ont fait savoir par courrier. Tous et toutes sont solidaires, et nous représentons ici beaucoup plus que le groupe qui peut paraître
restreint. Partout en France nous avons des militants, des citoyens, des gens simples qui ne comprennent pas ce qui se passe et qui veulent dire leur opposition résolue à cette façon de ramener
au biologique toutes les relations humaines. Dieu merci nous avons une autre conception en France de la démocratie et de la famille.
Quand le Conseil Constitutionnel doit-il se prononcer sur la question des tests ADN ?
Je n'ai pas le calendrier exact, mais c'est dans les semaines qui suivent et il ne faut surtout pas relâcher la pression. Il faut bien que le Conseil Constitutionnel se rende compte
qu'indépendamment des aspects juridiques qui vont motiver sa décision, il y a aussi derrière lui une opinion publique qui n'accepte pas cette dérive gravissime, et cette remise en cause de la
notion même de famille.
Avez-vous espoir qu'il aille dans votre sens ?
Nous avons fortement espoir qu'il refuse cette loi ADN. Parce que cette loi nous paraît en contradiction formelle avec les textes. Des textes qui prévoient que les tests ADN ne sont utilisés que
dans le cadre d'enquêtes initiées par un juge d'instruction. Donc ça ne concerne que des délinquants potentiels ou des gens qui sont soupçonnés, et non des citoyens lambda qui demandent
simplement à vivre en famille. Le droit à vivre en famille est un droit fondamental reconnu par la déclaration universelle des droits de l'homme et elle ne peut pas être remise en cause surtout
sur des critères biologiques.