EKAITZA:une famille en rétention

Publié le par cimade Pays Basque

 
La famille Kuka a été arrêté à Pau le 16 juillet au matin par la police de l'air et des frontières.
Ce sont des Albanais arrivés le 30 décembre 2005 en
fuite d'Albanie où ils étaient menacés de mort. Ils ont
déposé des demandes d'asile dont une a été acceptée pour un frère de M. Kuka se trouvant à Lyon.
Trois recours étaient en marche au moment de leur arrestation, l'un au niveau national, l'autre à Bordeaux
et le dernier à Pau. M. Aleskander Kuka a une promesse d'embauche. Les enfants Anisa (7 ans) et Arlésio (5 ans) sont scolarisés à l'école Henri IV à Pau. La famille se trouve enfermée au centre de rétention d'Hendaye. Leur avocate, Laurence Hardouin nous communique ce texte.

Que dire après l'audience qui s'est tenue à Bayonne le 18 juillet dernier devant le juge des libertés et de la détention ?
Il y aurait tant à dire, voire à hurler !
Un représentant de la préfecture qui répète à trois reprises : « Je suis désolé » (mais personne
n'est obligé de venir soutenir les requêtes du préfet), un juge qui ânonne : « Mais vous reconnaissez
que vous êtes en situation irrégulière » (ben sinon que
feraient-ils là... ?), des enfants qui ouvrent leurs cadeaux d'anniversaire au troisième étage du tribunal
avec une lumière sur minuterie qui s'éteint docilement (elle aussi) toutes les 5 minutes...
Un homme et une femme, père et mère d'une dignité sans égale, venus expliquer à l'audience que leur volonté d'intégration en France est telle qu'ils ont toujours voulu faire plus, apprendre plus vite que quiconque les règles de vie « parce que vous comprenez la culture albanaise est si différente»...
Et pourtant, de la Liberté ils n'en ont pas eu : la justice les a fait venir à 12h 45 pour une audience fictive qui n'a débuté qu'à 14 h 20, mais il le fallait pour ne pas heurter l'autorité du préfet et valider une procédure bancale ; de l'Égalité, moins encore, puisque les institutions de la République ont estimé que l'égalité
de tous devant la loi pouvait être mise entre parenthèses (au moins de midi à deux heures) ;
de la Fraternité que nenni, les traditions d'accueil de notre pays ont encore une fois été bafouées, avec bonne conscience.
Cependant, s'il est une qualité qu'ils peuvent revendiquer et peut-être nous réapprendre (ou
plus simplement nous apprendre) c'est bien la Dignité.
La dignité d'un couple qui n'a pas cherché à attirer la pitié, la dignité de parents qui ont expliqué que leurs enfants étaient très perturbés, qu'ils ne trouvaient pas
le sommeil avant minuit, qu'ils avaient peur dès qu'ils les perdaient de vue.
Honte à nous qui avons oublié Janusz Korczak et les enfants de l'orphelinat du ghetto de Varsovie avec lesquels il a été déporté de son plein gré pour ne pas les abandonner et qui est à l'origine de la Convention Internationale des droits de l'enfant.
Le petit Arsélio est reparti avec ses cadeaux, mais ne jouera pas avec la pâte à modeler pour des raisons de sécurité (très sûrement visées par le règlement intérieur !).
Honte à nous qui avons laissé un petit garçon fêter son cinquième anniversaire à l'intérieur d'un centre de rétention...
LAURENCE HARDOUIN
AVOCATE À BAYONNE

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Garo 28/03/2009 19:33

J'ai participé modestement au soutien à la famille Kuka en étant présent au tribunal et en écrivant un article dans le bimensuel Ortzadar.
J'aurai aimé avoir des nouvelles de cette famille paloise.
Merci d'avance
André Garo